Paris, porte d’Ivry, la Zone devant le groupe scolaire tout neuf, 1940
Paris, porte d’Ivry, la Zone devant le groupe scolaire tout neuf, 1940

Les HBM et les groupes scolaires construits, la zone toujours présente.

La situation va se débloquer avec la période de Vichy.

Situation instable et délicate : les HBM sont construites, les groupes scolaires sont construits, mais la zone reste toujours présente. Les lois qui sont alors adoptées pour l’expropriation de la zone, compte tenu des faibles ressources de la Ville de Paris, laissent calculer que la fin de sa libération interviendrait en 1965. La situation va rapidement se débloquer avec la période de Vichy. Alors que toutes les libertés démocratiques sont

suspendues (il n’y a plus de conseil municipal, plus de conseil général de la Seine, plus de parlement), Vichy met en œuvre une loi en novembre 1940 sur les immeubles insalubres et les terrains de la zone, qui porte sur les îlots de logements stigmatisés au nom de la tuberculose dans Paris et sur la zone, et qui va permettre d’exproprier très sommairement et avec très peu d’indemnités les propriétaires et de vider les locataires de la zone.

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Plan des terrains expropriés ou à exproprier, 1944
Plan des terrains expropriés ou à exproprier, 1944

L’expulsion des zoniers

Cela va permettre le dernier acte : l’aménagement de la zone.

Il commence à être imaginé lorsque sous Vichy les services de la préfecture élaborent un nouveau plan d’aménagement de Paris. La nouveauté de ce plan (voir ci-dessous), c’est l’idée d’un boulevard que l’on commence à appeler périphérique, qui est à l’époque une espèce de route nationale plantée d’arbres, qui fait le tour de Paris, et qui doit collecter déjà le tracé des autoroutes qui ont été dessinées dans le plan régional de 1934 (l’autoroute du sud, construite dans les années 60 y est déjà repésentée).

Nouvel aménagement de l’avenue de la porte d’Ivry en attendant le passage du boulevard périphérique, XIIIe, vers 1900

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Mort de la zone

Une champignonnière étrange de baraques et de bicoques pliées comme des chauves-souris, de bouges et de buvettes, de cabanes et de “canfouines”, de cottages enfantins, semblables à des jeux de patience, de chalets ratés, décorés, comme par Bouvard et Pécuchet, de coquillages et de vitraux faits de flacons de pharmacie, de gourbis d’où l’on voyait parfois sortir des fantômes doucement farouches. C’était désolé mais à la bonne franquette, système D et vieux bricoleur, d’un naturel parfait, d’un cynisme ingénu, beau sans phrases : authentique.
Léon Paul Fargue, L’Illustration, n° 5119, 19 avril 1941, p. 400.

Film muet (15’33) de Georges Lacombe, Paris, Les films Charles Dullin, 1928 © Musée historique de l’environnement urbain

“La Zone” Au pays des chiffonniers

Georges Lacombe, alors assistant de René Clair, filme les chiffonniers installés aux portes de Paris, à la fin des années 20. La plupart vivent dans des roulottes comme La Goulue (filmée à la fin de sa vie), rendue célèbre par Toulouse-Lautrec. Un document exceptionnel de réalisme et de poésie.

Nouvelle définition de la zone entre les portes de Montreuil et de Bagnolet, 1943

Ce projet de 1943 débouche sur une nouvelle définition de la zone.

Un peu partout autour de Paris, les HBM ont été construites, mais les équipements sportifs rêvés ne le sont pas toujours. L’idée d’étendre à la banlieue les systèmes d’aménagement et de profiter de cette situation pour commencer ce que Vichy appelait « l’assainissement de Paris » se met en place en s’appuyant sur cette zone et l'éviction des zoniers. En 1943, 70 % de la zone avait été libérée et 82 % des occupants avaient été évincés.

Un centre de reclassement des zoniers, 1943

Le Service social de Reclassement gère les familles expulsées.

Quatre postes-casernes des anciennes fortifications et 3 immeubles de rapport ont été aménagés pour recevoir les familles qui ne peuvent se reloger par leurs propres moyens et qui ne peuvent être prises dans les H.B.M car elles ne répondaient pas aux conditions, soit par manque de logements disponibles. Dans l'ensemble de ces centres de reclassement, 121 foyers comprenant 290 adultes et 390 enfants ont été relogés.

Après la guerre, la situation change complètement.

L’État intervient massivement dans les domaines de l’habitation et des travaux publics, et la zone occupée pendant l’entre-deux-guerres, est désormais pratiquement libre ou libérable rapidement. Vont donc converger vers cet anneau séparant Paris de sa banlieue, la politique du logement de la IVe république, cette politique massive de l’État et la politique routière. La Loi Lafaye (projet de 1954) va permettre la création de logements et le passage de cette grande artère qui est le boulevard périphérique.

Chantier du boulevard périphérique aux abords de la Cité Internationale, 1969

Lire cette coupure (extrait en bas de page), du Parisien Libéré de 1954, qui nous annonce une ville nouvelle autour de Paris et nous présente les différents secteurs d’aménagement qui vont être réalisés. Paradoxalement, le retard de la mise en œuvre du projet de l’entre-deux-guerres va permettre la création de ce boulevard périphérique. Il devient vite obsolète, du point de vue global de l’agglomération parisienne, tout comme l’étaient les fortifications en leur temps. Du fait de la création des autoroutes de ceinture récentes, il attire jusqu’à Paris le trafic interrégional de toute la France.

Perspective du nouveau Paris, Raymond Lopez, 1954

Sur le terrain, des secteurs d’études sont définis, comme le montre l’image ci-dessus du nouveau Paris telle qu’elle apparaît en 1954 comme solution à ses problèmes sous le crayon de Raymond Lopez, architecte surtout connu pour le plan d’aménagement de la ZUP du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie. Cette idée d’un nouveau Paris (d’un côté la périphérie, de l’autre le centre), est intitulée « Vue d’avenir, ce que pourrait être Paris au voisinage de la rocade périphérique, à l’endroit où celle-ci recueille un (sic) autoroute ».

Un nouveau boulevard

Le Parisien Libéré - 8 novembre 1954

Cette ligne sinueuse qui entoure le fragment de plan de Paris qui borne ces lignes est la carte du futur boulevard périphérique de Paris. Chacun sait à quel point la circulation est souvent difficile sur les actuels boulevards extérieurs ; une seconde voie de grande circulation est une nécessité.
Mais le besoin ne s’arrête pas là. On peut espérer que, dans un avenir relativement prochain, Paris ne sera plus la tête de ligne que de la seule autoroute de l’Ouest. Déjà, l’autoroute du Sud est plus qu’avancée. D’autres seront percées. Or l’organe crée la fonction, c’est-à-dire les autoroutes créent la circulation. Imagine-t-on quelle absurdité représenterait le débouché de routes à circulation rapide sur le lacis des rues de Paris ? Le boulevard périphérique représentera la dérivation générale des autoroutes qui affaiblira le trafic pénétrant dans Paris par les portes.